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Patrick Baudry : France Soir (16 Nov 2011)

posted by on avril 12th, 2012

Patrick Baudry : “La Station spatiale internationale est pathétique”

Trois cosmonautes doivent rejoindre mercredi la Station spatiale internationele -ISS), cible de nombreuses critiques. A quoi sert encore la présence humaine dans l’espace ? Le spationaute français Patrick Baudry dénonce la gabegie.

Station spatiale internationale MaxPPP
Affaibli par une série de revers, le secteur spatial russe s’apprête à pousser un soupir de soulagement. La fusée Soyouz transportant trois cosmonautes a été lancée avec succès lundi du cosmodrome russe de Baïkonour, au milieu de la steppe de l’ex-république soviétique du Kazakhstan. Elle devait s’arrimer à la Station spatiale internationale (ISS) mercredi matin à 6 h 30 (heure de Paris), après deux jours de vol. A son bord, les Russes Anton Chklaperov et Anatoli lvanichine, ainsi que l’Américain Dan Burbank. Les trois hommes, qui passeront environ cinq mois dans l’espace, rejoindront l’Américain Mike Fossum, le Japonais Satoshi Furukawa et le Russe Sergueï Volkov à bord de la station. Ces derniers doivent revenir sur Terre le 22 novembre, avant d’être remplacés fin décembre par trois nouveaux spationautes. Avec deux mois de retard sur le calendrier initial, I’ISS sera dotée d’un équipage complet. « Après ça, la station fonctionnera normalement », s’est félicité le chef de l’agence spatiale russe Roskosmos, Vladimir Popovkine.

Un lancement retardé
Imaginée en 1983 par le président américain Ronald Reagan, la station spatiale a commencé à être assemblée en orbite à 400 kilomètres de la Terre en 1998, sous l’impulsion de la Nasa et des agences spatiales russe, européenne, japonaise et canadienne. Cette plate-forme d’observation de la taille d’un terrain de football est occupée en permanence par un équipage internationale qui étudie les effets de l’apesanteur sur le développement et la croissance des plantes, des animaux et du corps humain. Le dernier décollage de cosmonautes pour I’ISS s’est déroulé en juin, pendant que la Russie célébrait en grande pompe les 50 ans du vol du Soviétique louri Gagarine, premier homme à s’être aventuré dans l’espace, en 1961. Mais la fête a tourné court en août, après le crash d’un vaisseau-cargo destiné à approvisionner l’équipage de la station. L’engin, qui transportait plusieurs
tonnes de matériel et de nourriture, s’est écrasé en Sibérie peu après son envol, à la suite d’une défaillance de moteur de son lanceur Soyouz. Ce revers historique du secteur spatial russe a entaché la réputation de fiabilité
légendaire de la fusée, forte de 1.800 vols réussis. Le fiasco a également empêché la communauté internationale d’accéder à I’ISS pendant deux mois. « Soyouz est désormais Je seul lanceur capable d’acheminer des humains dans l’espace depuis la mise en retraite de la dernière navette spatiale américaine il y a six mois, explique un expert du secteur. Les Etats-Unis ne pouvaient plus se permettre de dépenser une centaine de millions de dollars à chaque lancement. »

“L’argent coule à flots sans aucune utilité”
Les orientations du programme spatial américain prévoient pourtant que I’ISS soit exploitée au moins jusqu’en 2020. Le coût total de cette mission ruineuse avoisinerait déjà 100 milliards de dollars. Contraint de faire des choix budgétaires, le président Barack Obama a dû renoncer au programme qui devait permettre à l’homme de revenir sur la Lune. Une décision dénoncée par de nombreux spécialistes, qui rappellent l’importance de poursuivre l’exploration du système solaire. « La Station spatiale internationale est pathétique », s’enflamme l’astronaute français Patrick Baudry. « Cela fait vingt ans qu’on cannait parfaitement les réactions de l’homme dans l’espace et qu’on sait combattre les effets de l’apesanteur, poursuit-il. Cela me désole qu’on dépense autant d’énergie pour aller si près de la Terre. L’argent coule à flot sans aucune utilité. Avec Je même budget, on aurait pu établir une station permanente sur la Lune ou explorer Mars depuis une quinzaine d’années. J’espère que les Etats-Unis vont enfin se montrer plus ambitieux. Mais rien n’est plus difficile à combattre que la bureaucratie. » Les frais d’exploitation exorbitants de I’ISS plombent également l’agence spatiale russe Roskosmos, qui y consacre la moitié de son budget. Un effort pesant dans un contexte marqué par une succession de déboires. Il y a un an, trois satellites russes censés concurrencer le GPS américain et le Galileo européen sont ainsi tombés dans l’océan Pacifique, après leur lancement avorté par une fusée Proton. En février, Roskosmos avait déjà perdu le contact avec un satellite militaire. Sans parler du dernier incident en date, survenu la semaine dernière : Phobos-Grunt, première sonde interplanétaire lancée par la Russie depuis quinze ans, est restée en orbite autour de la Terre au lieu de prendre la route de Mars. L’appareil pourrait pénétrer l’atmosphère terrestre en janvier, avant de se désintégrer. « C’est une déconvenue pour l’astrophysique russe », a reconnu Vladimir Popovkine. Fragilisé financièrement par ces échecs successifs, Moscou refuse toujours de remettre en question son soutien sans faille à I’ISS. Mais sa position pourrait changer en cas de nouvelle série noire. De quoi s’interroger sur l’avenir de ce grand laboratoire en orbite, de plus en plus considéré comme un fardeau. « Tout le monde se demande qui va continuer à subventionner la station », résume une source proche du dossier. En attendant, les autres programmes phares d’exploration spatiale restent au point mort.

Par Marie-Laure Hardy