Patrick Baudry

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Midi Libre – Le rêve spatial inachevé

posted by on juin 12th, 2012

Patrick Baudry est né en 1946 à Douala (Cameroun). Pilote de chasse puis d’essais, il a volé à bord de la navette spatiale Discovery en juin 1985 (STS-51G). Ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco, membre de l’Académie du Languedoc, il a été aussi pilote d’essais chez Airbus.

En ce nouvel an, Midi Libre a demandé à huit grands témoins d’imaginer, de penser, de rêver 2009. Une simple photo, un texte court, un message plus long, ils ont eu carte blanche…

A lire, demain : Carte blanche à Agnès Varda.

 

Le rêve spatial inachevé

IL FUT UN TEMPS, dans ma vie, où je pensais que 2008 aurait vu – ou revu – les prochains pas de l’homme sur la Lune. Un temps où je serais devenu un promeneur impénitent autour de ma planète, à bord de la navette spatiale européenne Hermes, que nous avions prévu de construire à l’aune de quelques volontés humaines et avec une passion jamais démentie. Je pensais alors faire des projets, quand je ne faisais que rêver!
Je rêvais d’hommes en route pour Mars, alors même que. l’on n’a vu que des sondes sans orgueil, des robots banalement automatiques voguant sur des espaces que nous aurions déjà dû conquérir. Je rêvais de nouvelles marches lunaires et de premiers pas sur Mars ! 2008 nous a offert un lot de catastrophes toutes plus éclatantes et consternantes les unes que les autres. Crise financière démesurée et incompréhensible pour le profane, attentats trouvant leur motivation dans une foi intempestive et aveugle, intempéries et avanies de tous ordres.
Alors, pour 2009, je n’essaierai plus de vous dire ce qui va advenir de notre pauvre planète et de la conquête de ses satellites ou des planètes environnantes. Je vais, une fois encore mais en toute conscience cette fois-ci, me laisser aller à rêver … C’est comme cela que j’ai mené ma vie et, finalement, le rêve est le premier moteur de nos vies !
2009, année de tous les possibles ! L’Europe, conceptrice et édificatrice de l’ATV (Véhicule de Transport Automatique), relié, le temps d’une mission extraordinaire, à la station spatiale internationale, ne s’est pas contentée de ce coup de maître. Elle a utilisé cette technologie pour construire, à partir de ce module automatique, un vaisseau transportant des passagers. Elle l’a perfectionné afin de voyager jusqu’à la Lune. Ces nouveaux A TV se relaient afin de permettre aux astronautes, cosmonautes, taïkonautes et spationautes de parcourir et séjourner en permanence sur la Lune, qu’ils avaient dû hâtivement abandonner. Ceux-ci l’explorent enfin!
Les politiques, aidés de quelques personnes plus imaginatives, ont cessé de faire croire que la conquête spatiale n’est que danger et dépenses inutiles. Ayant fait marcher la planche à billets pour une bonne cause – cette fois-ci -, ils ont débloqué les fonds nécessaires pour enfin devenir les pionniers que nous ‘ n’aurions jamais dû cesser d’être. L’Espace s’ouvre à la forme de tourisme la plus belle : s’installer sur la Lune en contemplant la Terre, illuminée 14 jours durant. Et il n’y a de plus beau regard sur sa planète-mère, vue de l’extérieur, que celui d’un enfant dont on pourrait fouiller par la suite la mémoire afin de voir en quoi cette expérience – unique, inédite- l’aurait profondément transformé. Je rêve des futurs souvenirs de cet enfant de 5 ans explorant l’Univers ! Comme aucun autre enfant ne l’a jamais pu faire avant lui!
Je rêve de longs voyages vers Mars par les plus longues orbites. Je rêve de la construction d’un vaisseau spatial révolutionnaire, explorant l’infini de nos facultés d’adaptation, dans cette longue fliade doublée d’une Odyssée. Un vaisseau qui recrée des conditions de vie comme celles que l’on peut avoir dans sa famille, voguant dans l’infini de l’Univers et du Temps, sur son ) vaisseau-mère : la Terre. Un vaisseau nous permettant l’exploration de cette planète rouge qui, selon certains, serait peut-être celle d’où vient la vie terrestre, sans que l’on n’ait encore les moyens de le savoir … Nous pourrions, dès 2009, si nous avions été plus aventureux, plus téméraires, prenant des risques égaux à ceux encourus avec passion. -par nos camarades d’Apollo, aller fouler de nos pas les glaces de l’équateur de Mars. Mais, au fait, que font-elles là ces glaces ? Et comment ne possédons-nous pas les réponses à ces questions, quand nos « pères » marchaient sur la Lune il y a déjà 40 ans ?
Venez donc rêver avec moi. Ensemble, nous parviendrons peut-être à trouver des embryons de solutions à la hauteur de nos espoirs et de nos rêves ! Si Jules Verne n’avait pas rêvé aussi bien de la Lune, son manuscrit n’aurait pas fait plus de 400 fois le tour, de la Terre à bord de cet ATV portant son nom, déposé là par quelques hommes touchés par son rêve.
Car même en rêvant très fort, pouvait-il seulement l’imaginer ?

Patrick BAUDRY